Méthodologie d’élaboration d’une charte de développement éolien pour le Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée

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Colloque-atelier - Design et projets d'équipements publics

Méthodologie d’élaboration d’une charte de développement éolien pour le Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée

Communication faite à l’occasion de : Design et projets d’équipements publics - 4 et 5 novembre 2004 - Colloque-atelier international interdisciplinaire - Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne

Accès à : Communication - Discussion


Catherine Roi, Agence d’urbanisme Urbane, Toulouse - c.roi@urbane.fr

Un témoignage de professionnels

Dans le cadre de ce colloque, c’est un témoignage de bureau d’études que nous sommes en mesure d’apporter. Ceci veut dire que nous avons répondu à une commande et que le travail que nous avons fait est aujourd’hui propriété de notre maître d’ouvrage, qui continue à le faire évoluer. Ce travail s’est déroulé de février 2002 à juillet 2003.
Ce témoignage de professionnels porte sur la méthode éprouvée et ses résultats. La commande, elle, concerne exclusivement les aspects paysagers et environnementaux, les aspects économiques et techniques étant l’affaire du maître d’ouvrage et de ses partenaires dans l’étude : la Direction régionale de l’environnement (DIREN) responsable de l’environnement et des paysages au nom de l’État, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) au nom de l’État, l’Agence méditerranéenne de l’environnement (AME) pour la Région.

Une association de compétences

Pour répondre aux aspects paysagers et environnementaux nécessaires au développement d’une telle démarche, deux compétences se sont regroupées : celle d’un bureau d’études spécialisé en paysage, aménagement, urbanisme (agence Urbane) et celle d’un cabinet spécialisé dans les questions environnementales (cabinet Ectare). Au-delà de l’association nécessaire pour répondre à l’étude, c’est aussi une habitude de partage dans la manière de travailler et de dépasser le simple constat pour fonder des éléments de propositions qui nous rassemble. À tous les deux, les bureaux d’études regroupent des membres d’origine disciplinaire multiple : architecte, paysagiste, urbaniste, géographe, sociologue, ingénieur écologue, botaniste, géologue, etc.

Les raisons de la demande du maître d’ouvrage

Lors de l’élaboration de l’étude, le Parc naturel régional (PNR) était en phase de constitution. C’est donc avec l’instance de préfiguration que nous avons travaillé. L’existence du PNR s’appuie sur l’originalité environnementale et paysagère de son territoire. Situé au bord de la Méditerranée, il se distingue par la qualité, la proximité et la diversité de ses milieux naturels : montagnes calcaires, gorges, étangs servant d’interface entre la mer et la terre dans un département, l’Aude, présentant en France, une forte capacité de développement de l’énergie éolienne. Ce territoire a aussi une particularité : paysage et environnement y sont étroitement liés.
La qualité de ce paysage et de cet environnement repose pour partie sur une apparente faible présence humaine. L’insertion de machines éoliennes de grande hauteur qui dégagent une image industrielle les modifie inévitablement. La difficulté de l’étude repose sur cette transformation : au nom de quoi sera-t-elle positive ? au nom de quoi ne le sera-t-elle pas ? Donc nécessité pour un territoire qui met en avant la qualité de l’environnement de se poser la question de l’éolien et des énergies renouvelables, mais nécessité également de protéger et de valoriser ce qui fonde son identité aux yeux de ses habitants et des résidents de passage.
La démarche de création est une démarche longue qui s’appuie sur une volonté politique, une équipe d’animation et de coordination, différentes études et une réelle habitude, ici, d’échanges, de discussions et de prise de décision. Cette expérience est fondamentale car elle est un réel facilitateur dans le cadre d’une méthodologie participative.
Le décret de création qui labellise le Parc pour une durée de cinq ans a été publié en fin d’étude, le 18 décembre 2003.

Le contexte audois par rapport aux énergies renouvelables et particulièrement l’éolien

L’Aude est un des départements présentant un gisement de vent pratiquement valorisable sur tout son territoire. La France, s’impliquant dans les recommandations visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre, s’est engagée d’ici 2010 à produire 21% de sa consommation d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Des dispositifs ont donc été mis en place pour faciliter le développement de l’énergie éolienne. Ce développement repose essentiellement sur de l’initiative privée. Un département comme l’Aude est de ce fait très prospecté.

La pression de cette prospection a conduit les services de l’État à encadrer ce phénomène par :

  • l’édition d’un « État des contraintes » à l’échelle régionale initiée par la DIREN Languedoc-Roussillon ;
  • l’institution d’un pôle éolien sous la responsabilité du Préfet de l’Aude, pour instruire les dossiers qui sont de son ressort et se doter d’outils d’appréciation (code de bonne conduite à l’adresse des acteurs de l’éolien, étude de paysage à l’échelle du département démarrée en 2004).

Le Conseil régional du Languedoc-Roussillon (par le biais de l’AME, aujourd’hui dissoute après les dernières élections régionales) et le département de l’Aude (par le biais du Conseil architecture urbanisme environnement - CAUE) ont contribué à la mise en place de conseils, d’animations et de débats.
Enfin, la ressource en vent est exploitée et connue avant que l’État ne facilite le développement de l’éolien. C’est pourquoi des sites pionniers existent dans l’Aude depuis les années 90, à la suite d’initiatives privée (domaine de Lastour sur la commune de Portel des Corbières) et industrielle (les cimenteries Lafarge sur la commune de Port La Nouvelle).

Les enjeux de l’étude

  • Un outil de développement local
    Le PNR regroupe une vingtaine de communes, dont le développement est différent selon qu’elles se situent sur le littoral (attractivité touristique, activités portuaires,…) ou dans l’arrière-pays (activité viticole pour l’essentiel). La production d’énergie constitue une ressource potentielle pour les collectivités, qu’elles soient impliquées directement dans le projet ou qu’elles n’en saisissent que les retombées fiscales. À l’échelle du territoire du Parc et dans le cadre des intercommunalités qui se mettent en place conformément aux lois de décentralisation, la production d’énergie à partir de l’éolien apparaît comme une des ressources du développement économique local qu’il s’agit d’apprécier.
  • Un paysage à créer
    L’installation des aérogénérateurs, par leur taille, leur forme, leur organisation, les accès nécessaires pour leur montage, les travaux connexes (branchement à une ligne de transport d’énergie) transforme le paysage. Elle le révèle même d’une certaine façon, car la question du paysage est souvent le premier angle d’entrée (et un angle d’achoppement) pour aborder ces projets. Cette modification du paysage peut toutefois être le résultat d’une volonté partagée et d’un projet raisonné.
  • Des échanges de point de vue à avoir notamment sur les questions du paysage
    Dans la mesure où le paysage est d’abord le paysage perçu, il est important de savoir quelles sont les perceptions les plus partagées sur un territoire. Parallèlement, un paysage s’analyse et s’interprète car il résulte d’un long façonnage à la fois géographique, humain et environnemental. Il a donc des caractères et des structures qui lui sont propres et qui sont à même de supporter ou non certains aménagements. Le territoire du Parc est riche d’espaces naturels et de paysages qui leur sont attachés ; c’est ce qui fonde son identité et ce qui doit être préservé de toute installation modifiant trop profondément ce caractère. Instaurer des échanges, pour établir ce qui peut être propice à de telles installations et ce qui ne l’est pas, est donc une étape fondamentale avant de savoir comment le faire.

La méthode

La méthode mise en place s’articule autour de trois étapes : une étape de connaissance, une étape de débats autour des enjeux et des objectifs, une étape de formalisation des objectifs. Un comité de pilotage valide ces différentes étapes, un comité de suivi (technicien du Parc et élu, administration co-maître d’ouvrage) assure la continuité de l’information et des échanges tout au long de l’étude.

  • Une approche cognitive
    Cette approche s’appuie sur des éléments d’analyse et de constats qui résultent de différentes sources et se traduisent par des cartographies, croquis, photos illustratives :
  • un travail de terrain et d’analyse pour mettre en avant les entités paysagères et leurs caractères. Trois entités sont distinguées : le massif cloisonné des Corbières, le littoral, la plaine de l’Aude et de l’Orbieu ;
  • un relevé des contraintes réglementaires s’imposant aux installations d’aérogénérateurs, particulièrement les contraintes visant l’interdiction d’installation ou l’installation sous forte contrainte d’implantation. Par exemple, les terrains du conservatoire du littoral ne peuvent accueillir de tels équipements, les terrains situés dans des cônes d’envol ou de survol des avions sont soumis à des contraintes d’implantations qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction ;
  • un recensement de la valeur patrimoniale reconnue soit aux bâtiments, soit aux sites sur la base des différentes reconnaissances existantes. Par exemple, les monuments historiques, les sites inscrits ou classés, les éléments archéologiques repérés sont des reconnaissances instituant des protections à l’échelle nationale. Par contre, un travail à l’échelle du Parc a permis d’identifier les sites et les éléments bâtis ayant une valeur locale ;
  • un recensement de la valeur environnementale, comme pour les édifices ou les paysages. Il existe à deux niveaux, un niveau national avec plusieurs inventaires, un niveau local dans le cadre du Parc. L’étude a permis de réactualiser certaines données grâce aux observations des associations et des naturalistes ;
  • enfin, parce que le territoire a déjà une histoire liée à la présence d’aérogénérateurs, un recueil des enseignements tirés des parcs éoliens existants. Ces enseignements portent de manière concrète sur les préconisations à intégrer aux différentes étapes d’un projet ou d’un chantier et permettent d’entrevoir quelles prescriptions pourraient être intégrées dans la charte au titre des phases de réalisation.
  • Approche multi-acteurs pour débattre des enjeux, des localisations, des objectifs
    Cette phase s’est déroulée essentiellement sous la forme de deux journées de séminaires rassemblant de nombreux acteurs : élus, associations locales, administrations, porteurs de projet. Un travail préparatoire a conduit à diffuser puis à analyser un questionnaire concernant les aspects de sensibilité des paysages.
    L’essentiel du travail et de ses résultats s’est concrétisé au fil des deux journées en permettant de :
  • élaborer une position commune sur les sites propices et les sites sensibles. Cette position s’est construite en distinguant les éléments de paysage naturel ou bâti qui font patrimoine aux yeux de tous (la Clape par exemple), les éléments de l’environnement qui ont une valeur telle que leur protection doit être absolue, les éléments d’activité humaine qui ne peuvent être compatibles avec un développement d’installation éolienne. En croisant ces trois approches, des localisations se sont dessinées ;
  • définir à partir de ces localisations, une stratégie d’aménagement et/ou de préservation qui tienne compte de ce qui est partagé par tous (par exemple, préférer des installations groupées plutôt que disséminées, tenir compte de la composition par rapport aux grandes lignes du paysage) ;
  • localiser des espaces propices au développement ou à la création de parcs éoliens ;
  • poser les jalons pour une ligne de conduite des projets et des réalisations, à partir des leçons tirées des installations existantes et des objectifs posés précédemment.
  • Élaboration de la charte
    Cette phase de travail est plutôt rédactionnelle, mais elle s’appuie sur les propositions des bureaux d’études. Les réunions avec le comité de pilotage élargi permettent de valider l’organisation du dossier et les niveaux de propositions avancées.
    Cette phase s’est articulée autour des étapes suivantes, conduites de manière itérative :
  • finaliser les cartographies localisant les sites propices et définissant les prescriptions paysagères qui leur sont attachées. Les sites propices désignés ne signifient pas pour autant un développement immédiat : les conditions techniques doivent être réunies, la réflexion conduisant vers un réel projet de paysage doit être affinée pour certains sites ;
  • élaborer la structure d’une charte qui réponde aux différents moments d’un projet, de ses prémices à sa mise en fonction et son démontage, et des principes cadres de ligne de conduite qui suivent ces différents moments ;
  • mettre en place les conditions de suivi de la charte, de son évaluation et de son évolution.

En conclusion

Cette démarche sert de base à une dynamique de travail. Elle fait l’objet d’une publication du PNR et sert de protocole pour développer les échanges avec les porteurs de projet. Elle a fait l’objet d’une convention d’application avec les services de l’État et doit être intégrée dans les documents d’urbanisme à appliquer sur ce territoire (Schéma de cohérence territorial d’une part et documents locaux comme le Plan local d’urbanisme ou la Carte communale d’autre part). Elle constitue une grille d’analyse pour les dossiers et permet de mieux croiser les différents regards. Elle a pour vocation d’évoluer sur la base des échanges qu’elle a suscités.


Discussion - « Méthodologie d’élaboration d’une charte de développement éolien pour le Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée » (Communication de Catherine Roi, Urbane)

Discutant : Rainer Verbizh, Atelier Verbizh - atelierverbizh@noos.fr

Alain Findeli, Chaire en paysage et environnement, Montréal
Merci beaucoup Madame Roi de vous en être tenue à l’horaire et merci surtout de cette présentation. Monsieur Verbizh va enchaîner. Il a été dit ce matin qu’un projet de concours a été lancé par Électricité de France (EDF) et l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI) pour une intervention sur les sites éoliens sans toucher aux machines [concours Watt’s in the air ?]. Nous en avons quelques images que Monsieur Verbizh, membre du jury, va nous présenter. Cela va enchaîner avec ce que l’on vient d’entendre et de voir. Mais, comme nous le disions ce matin, le fait d’avoir des directives ne nous dit toujours pas quoi faire, ni comment le faire. Il y a toujours un geste de design qui doit suivre et accompagner. C’est dans ce geste que Monsieur Verbizh va nous inviter à entrer.

Rainer Verbizh
Je viens ici comme externe en espérant que je vais pouvoir animer la discussion. J’ai participé au jury du concours qu’EDF a lancé il y a trois ans avec l’APCI. L’idée venait d’EDF, qui est bien investie dans l’éducation, notamment en milieu universitaire. Le projet, initiative assez unique en Europe, était de demander à de jeunes créateurs, plutôt étudiants car les projets professionnels étaient quasiment interdits, de travailler non sur le design de la machine, mais sur son environnement, en développant des idées de toutes sortes, par exemple sur l’organisation communautaire, les débats autour des implantations, tout ce que l’on peut injecter comme idées nouvelles.
En tant qu’architecte, designer et consommateur, je suis intéressé, comme tout le monde ici, par le développement des énergies alternatives, leur organisation, etc. Par mon travail, je suis aussi intéressé par la vulgarisation scientifique et technique, puisque je travaille pour les musées sur des expositions. Quelques-unes de mes dernières réalisations ont été les muséographies de Vulcania et d’Océanopolis ainsi que des expositions sur le Pic du Midi, un exemple intéressant de mise en place de structures technologiques (pour l’observation météorologique et astronomique) sur un site remarquable (2 500 mètres d’altitude). Il y a là une accumulation incroyable d’installations technologiques qui finalement sont, avec le temps et par le fait qu’on s’y habitue, très bien acceptées. Quand le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a voulu démanteler tout le site, les communes alentour ont décidé de laisser la recherche scientifique là-haut, d’améliorer les locaux et l’accueil et d’ajouter une partie touristique. Ainsi, les gens se sont battus pour conserver la défiguration de ce site ! Alors, pourquoi ne pas imaginer que l’on pourrait avoir des gens qui se battent pour avoir des éoliennes installées près de leur village ?

Brièvement, pour le concours, il y avait 600 inscriptions, 70 ou 80 projets. Le jury était mixte avec, entre autres, des paysagistes, des personnes d’EDF, des designers, des architectes. Une dizaine de projets a été retenue, avec quelques prix. Je ne sais pas si ces projets ont eu un impact et si on est allé plus loin.
Les projets devaient avoir lieu sur des sites qui existent, pour que ce soit réaliste.

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Le vent en fête

Ici, par exemple, Saint-Paulet en Haute-Garonne (Midi-Pyrénées). C’était le premier prix car il y a eu une approche très globale. Un psychologue et deux designers ont pris un site avec des anciens moulins pour imaginer le développement d’une façon de proposer la concertation avec la population et pour préparer, petit à petit, l’installation d’éoliennes, avec des « fêtes du vent » où des cerfs-volants simuleraient l’implantation d’éoliennes et leur impact sur le paysage.

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Le chant des éoliennes

Ici, Dourges dans le Pas-de-Calais (Nord-Pas-de-Calais). Un graphiste, des plasticiens et un architecte ont pris comme exemple les terrils pour une recherche géométrique et une recherche sur le son. Sur le terril, il y a un puits qui restitue le son des éoliennes. Il y avait toute une communication autour.

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Les faiseurs de chants

Autre exemple toujours sur le son : dans le Massif du Travers de Nébian dans l’Hérault (Languedoc-Roussillon). Les éoliennes sont implantées sur un paysage abandonné avec des murets coupe-vent. Un réaménagement permet de faire un cheminement sur les murets, avec des abris au pied des éoliennes, pour capter le son et le vent. Tout ceci pour travailler et mettre en scène le bruit des pales.

Ces projets ont obtenu les trois premiers prix.
Ce que je voulais dire ce matin dans la discussion, c’est que tout le monde est pour les éoliennes. Tout le monde dit qu’il n’y en a pas assez. Mais personne ne les veut proches de chez soi. Comme pour le TGV, tout le monde veut renvoyer le projet ailleurs. Ces études d’impact, de charte sont tout à fait nécessaires avant chaque projet industriel. Je pense que, aujourd’hui, implanter une éolienne sur une colline à côté d’un château demande beaucoup de courage, mais je suis personnellement pour. Je pense que, au fil des siècles, les technologies se sont superposées en couches. Que ce soit dans l’art ou dans la technologie, c’est pareil. Personne n’a demandé aux constructeurs d’églises gothiques s’ils voulaient que leurs églises soient pleines de baroque. Si bien que l’on a une superposition de strates et il faut avoir le courage d’en manifester une nouvelle. Il faut la maîtriser, comprendre et expliquer pourquoi on le fait, apprendre la beauté dans l’objet technologique. Plus on implante de sites et d’objets réussis, plus les gens vont commencer à les observer de manières différentes. Il faut avoir le courage de faire de belles choses, même si, au départ, cela peut sembler choquant.

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L’éolien et le nucléaire

Autre projet : le démantèlement d’une centrale nucléaire et la mise en place d’éoliennes à Gravelines dans le Nord (Nord-Pas-de-Calais). Le projet a été retenu pour dire que puisqu’on démantèle le nucléaire, pourquoi ne pas commencer à installer petit à petit de l’éolien à la place.

De nombreux travaux sur les couleurs avaient aussi été menés.

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Des éoliennes le long des alignements de Carnac

Ici, les gens imaginaient installer leurs éoliennes le long de l’allée de Carnac dans le Morbihan (Bretagne), parallèlement aux alignements. Ils ont énormément travaillé sur les couleurs présentes dans le paysage et les ont appliquées sur les éoliennes, avec parfois des couleurs qui réagissent par rapport à l’environnement et l’intensité lumineuse. On avait toute une foule de projets sur l’animation par les couleurs, les lumières, etc. Il y avait des choses formidables, des idées à prendre partout, et je regrette qu’EDF n’ait pas fait d’efforts assez importants pour publier tout cela. Il n’y a qu’une brochure et Internet pour 80 projets différents.

Je relance donc le pavé dans la mare : ayons le courage de travailler avec cette technologie. Nous vivons avec elle tous les jours. Quand il s’agit d’objets bien connus, ça va, mais quand il s’agit d’équipements dont on ne comprend pas toutes les incidences, on devient plus prudents. D’où ces travaux de charte, etc. Je comprends, mais c’est quand même un peu aberrant, car tout cet argent, on pourrait aussi le mettre dans la création de ces objets. Je ne veux pas dire que c’est inutile, je veux simplement dire : mais pourquoi préparer cinq ans à l’avance l’implantation d’une éolienne ? D’accord, il faut discuter avec les villages, s’ils le veulent ou non. Mais sont-ils pour l’énergie alternative ? Faut-il faire ces énormes études ? Faut-il tellement discuter sur la forme des pylônes ? Je crois que nous sommes dans une société de technologie et tout le monde en profite. Il faut seulement améliorer la qualité en général. Bien sûr, les initiatives sur les améliorations des objets et de leur implantation sont importantes. Je pense aussi que dans chaque projet, il faut que des designers, des architectes, etc., soient là au départ, car il regardent les problèmes autrement.

Alain Findeli
Des réactions dans la salle ?

Philippe Peyroche, Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (FRAPNA)
Étant représentant d’une association de protection de la nature, je suis frappé par cette dictature des techniciens qui s’annonce aussi froidement, en pleine réunion. Monsieur le dit avec une grande élégance formelle. Mais, sur le fond, il est carrément dictatorial. Il nous dit : « obéissez aux machines ».

Rainer Verbizh
Non, ce n’est pas ça…

Philippe Peyroche
Si, si, j’ai bien écouté. Il nous dit : « obéissez aux machines, à leur installation, discutez pour la forme avec le maire du village, mais au nom d’une idéologie du progrès, taisez-vous ! et, s’il vous plaît, acceptez notre invasion du territoire par, non pas un objet, mais des centaines de milliers ». L’ambiguïté porte là-dessus. Tout objet peut devenir singulier, et même s’il était excentrique au départ par rapport à la norme paysagère, il peut devenir à terme sujet de curiosité et de goût. Je pense par exemple à la pagode d’Echoizolle. Pour que les éoliennes soient authentiques économiquement et ne soit pas de seuls objets de délectation pour techniciens, il en faut des centaines de milliers ! Or, vu la cartographie du vent, ces centaines de milliers ne seront pas répartis équitablement sur le territoire. Seul 10% du territoire est disposé à en recevoir. Or, ces 10%, comme par hasard, correspondent aux lieux encore magiques et précieux précisément car ils ont échappé à l’industrie. Dans ce cas, vouloir implanter une éolienne où il n’y a rien est facile. Par exemple, si le vent le permettait, personne n’irait mettre une éolienne à Paris, car la population serait contre. Quand on est dans un territoire désertique, il faut aller plus loin pour trouver les personnes qui s’opposent et, ensuite, on les accuse de ne pas être du lieu, comme si le territoire était lié à la proximité immédiate.
Donc, ce qui me choque, c’est qu’on annonce tranquillement qu’une machine, dans l’état actuel des techniques, a droit de cité et que prendre des précautions, c’est être trop bon ! Et que l’on gaspille de l’argent à faire des études préliminaires, que l’on ferait mieux de mettre l’argent dans les machines. Alors je pense qu’il y a là quelque chose de terrifiant, au sens propre.

Rainer Verbizh
Je suis volontairement provocateur. Ce n’est pas dire : technocratiquement, installez tout ce que vous voulez et n’importe où. C’est simplement dire : ayez le courage d’affirmer que vous vivez aujourd’hui dans une technologie avancée. C’est comme pour le recyclage : c’est du high-tech, on ne fait pas de l’alternatif en bricolant dans un coin. Les écologistes français n’arrivent pas à faire entrer leurs idées dans le gouvernement, car ils ne comprennent pas qu’on est aujourd’hui, partout, dans la haute technologie, c’est tout.

Philippe Peyroche
Je vais vous répondre là-dessus. J’ai une page de L’usine nouvelle d’octobre. On voit ici un nouveau prototype d’éolienne, différent des archaïsmes améliorés dérivés de moulins à vent avec des échelles aberrantes. Rien dans la nature n’est aussi haut. L’arbre le plus haut de France mesure 50 mètres. Dans cette revue, on propose des éoliennes d’une nouvelle génération. On peut échapper à cette fatalité des trois lames de faux qui tranchent. Et c’est fait. Même à Saint-Étienne, un étudiant a eu un projet entre l’École nationale d’ingénieurs et l’École des beaux arts pour faire une éolienne ronde et plus douce qui échappe à cette image inquiétante. Dans la revue, on a affaire à un industriel qui propose une machine avec un meilleur rendement puisqu’elle accepte les vents de grande vitesse. Car le paradoxe des éoliennes, c’est qu’elles s’arrêtent quand le vent est très fort… Cette idée nouvelle, c’est peut-être sortir par le haut de cette obligation de dénaturer le paysage français, qui est un espace de petite mesure, sans espace désertique. Le off-shore va très bien pour l’éolien. Il faudrait donc ne pas s’arrêter sur l’état primitif d’une technologie dérivée de la technologie aérienne (c’est l’hélice d’avion extrapolée) pour enfin accéder à des modes d’exploitation tolérables et qui peuvent donner matière à design comme les autres.

Rainer Verbizh
Je pense qu’il faut un peu revenir sur l’approche. Je ne dis pas que c’est inutile. Je dis que l’on a l’impression que la population veut bien avoir tout ça, mais pas dans l’état actuel et près de chez soi. Il faut être prudent et chercher les bons lieux d’exploitation. Ces lieux existent et dans 10 ans ils seront occupés et il ne restera plus que le off-shore. Des manifestations contre l’implantation en off-shore peuvent aussi avoir lieu, de la part des pêcheurs par exemple… Je dis simplement que, aujourd’hui, on en est là, et qu’il faut avoir le courage d’affronter cette nouvelle technologie. Vous, vous diriez : « je ne veux pas avoir cela dans les 10 km à la ronde autour de chez moi ! ». Et c’est ça…

Une personne dans la salle [sur un ton humoristique] :
Dans les 100 km !

Rainer Verbizh
Dans les 100 km. Voilà, c’est ça, et l’énergie alternative, tant pis ! Alors, c’est exactement pour cela que les initiatives comme cette charte sont si utiles.

Gilles Debizet, laboratoire PACTE-Territoires, Grenoble
J’ai une question sur la charte, qui reprend en partie l’objet du débat actuel. La charte présentée est une esquisse de projet territorial appliqué aux éoliennes. D’une certaine façon, vous définissez une programmation, en termes de localisation, de processus et de recommandations. Cette programmation est le complément de la programmation d’un fermier éolien ou d’un agro-industriel éolien et, sans doute, de celle de l’opérateur qui va récupérer l’énergie et la redistribuer sur le territoire (Réseau de transport d’électricité - RTE ou EDF). Nous sommes donc dans un cas de multiprogrammation qui combine une programmation territoriale, une programmation réticulaire et une programmation agro-industrielle ponctuelle. Vous avez bien expliqué que la programmation a été déclenchée par les tout premiers parcs d’éoliennes et on a essayé de faire un diagnostic à partir de cette expérience plus ou moins bien vécue, et c’est cela qui inspire la charte. C’est donc une réponse à un système technologique qui est basée sur l’idéequ’ily a aujourd’huiun grand réseau électrique, que le prix d’achat comme le prix de vente sont indépendants du territoire (même si cela change) et qu’il y a des financiers qui seront intéressés lorsque l’on pourra faire des parcs de très grande taille. La question que je vous pose est la suivante : est-ce qu’il y a eu, dans le processusd’élaboration du projet territorial que représente la charte, débats et discussions sur les apports du petit éolien ? Si cela a été le cas, commentle débat a-t-il été écarté, puisque, au final, la charte est pensée seulement pour le grand éolien ?

Catherine Roi
Dans ce premier temps, la question ne s’est posée que pour le grand éolien, mais la démarche servira aussi à se poser celle du petit éolien.
Ce sur quoi je voudrais simplement revenir, c’est que quand vous dites qu’il faut avoir le courage de se confronter à cette technologie, il faut savoir au service de quoi on la met. Ce que j’ai essayé de montrer ici, c’est qu’il y a eu une prise en main de son avenir par des collectivités. Cela a pris du temps. En sachant que cela ne se fait pas si facilement que ça, et que même s’il y a eu cette démarche au niveau de la charte, nous sommes loin de l’avoir finie. Cela veut dire que se posent encore les questions sur le moyen et le petit éolien. Derrière cela, il y a aussi d’autres enjeux sur le foncier, les outils à mettre en place, etc. Il y a encore du travail… Donc, savoir au service de quoi on le met, comment on arrive, collectivement, à faire des choix sur ce qui compte pour tout le monde et où pense-t-on que l’on peut le faire le mieux possible. C’est déjà la démarche la plus difficile à faire car, après, nous sommes en mesure de décliner notre projet. C’est un premier pas posé, mais toutes les questions n’ont pas été vues. Cela viendra bientôt.

Gilles Debizet
D’accord. En fait, aucun acteur n’est venu frapper en disant : « moi, petite commune isolée, je veux une petite éolienne de 15 mètres pour desservir directement le village » ?

Catherine Roi
Cela a été évoqué, mais pas approfondi comme le grand éolien.

Arthur Jobert, EDF
Je tiens à préciser que, ici, vu la taille des sites, on se trouve dans du petit grand éolien. Il y a bien plus grand encore. La question que je voudrais poser, même si je connais la réponse, est la suivante : l’État a-t-il joué le jeu, vu que c’est de la planification locale ?

Catherine Roi
Oui, l’État a joué le jeu et a signé une convention avec le Parc naturel pour en tenir compte au moment de donner des autorisations. Tout le problème réside dans l’ajustement des documents. Comme je le disais, nous sommes un peu apprentis sorciers, vu que le parc est passé de préfiguration de Parc à Parc labellisé, que les intercommunalités se mettent en place, etc. Cela fait beaucoup de choses à gérer et c’est une certaine façon de travailler.
Ce qui me semble intéressant dans cette démarche, c’est que l’on a travaillé sur un temps long avec des gens qui ont joué le jeu, avec des parties prenantes et des opposants, et, au bout du compte, on arrive à trouver un moyen terme ; en sachant que c’est une démarche qui, sur la méthode, a été intéressante et elle est reconduite au niveau du Parc pour faire vivre ce parc. La question est posée : comment faire évoluer la charte sur le petit et le moyen éolien notamment ? Il n’était pas évident d’arriver à dépasser la question du produit financier, des porteurs de projets, etc.

Rainer Verbizh
Et pour les sites potentiels, tout le monde est d’accord ?

Catherine Roi
Aujourd’hui, ce qu’il se passe, c’est que les collectivités regardent comment elles vont procéder, car cela peut conduire, pour les sites sur lesquels il y a maîtrise foncière et volonté de densification, à la mise en concours des différents porteurs de projet, pour savoir qui va faire le mieux. Cela veut dire que la collectivité a la main et c’est là que tout change.

Rainer Verbizh
A ce moment, grâce à ce travail minutieux et long, en amont, il y aura très peu de contestations par rapport au site. Cela doit servir de modèle.

Un artiste sculpteur
Techniquement, il semblerait qu’il n’y ait pas de problème pratique. Sur la qualité des sols, les questions de transport d’énergie, etc., il n’y a aucun problème ?

Catherine Roi
Vous avez vu à quelle échelle nous avons travaillé. Il y a une vingtaine de communes. Cela veut dire que, lorsque l’on définit des localisations, nous connaissons les lieux. Lorsque l’on parle de densification, c’est la même chose. Ailleurs, un travail préalable est nécessaire. Il y a des limites à l’exercice. C’est une première fois. Nous n’avons pas trouvé beaucoup de choses pour nous indiquer jusqu’à quelle échelle nous devions travailler pour avoir le niveau de précision nécessaire. Il nous a semblé que, dans un premier temps, l’enjeu était de trouver un consensus, quitte à reprendre point par point la démarche pour l’approfondir.

Alain Findeli
S’il n’y a pas d’autres questions, je vous invite à prendre le café. Merci.



le 25 juillet 2005 par Catherine Roi
modifie le 31 mai 2009