« Voirie Pour Tous » Créativité, Etonnement, Insolite, Etrangetés

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Penser autrement

« Voirie Pour Tous » Créativité, Etonnement, Insolite, Etrangetés

Quelques repères invitent à laisser libre cours à nos imaginaires et / ou capacités créatrices…


Voiries, cheminements et espaces publics … Sortez de votre torpeur

Torpeur : « Engourdissement général, physique et psychique, qui tient en état de semi-conscience, de somnolence, et prédispose à l’assoupissement. » [1].
Certes… chacun agit en sa demeure avec vigueur et projets… La torpeur est surtout dans la façon, les méthodes, la culture pour aborder le devenir de nos mobilités et espaces publics en contexte apaisé et partagé.

  • Peu de liens avec le contexte numérique des villes intelligentes et les nouveaux rythmes de mobilités qui en découleront entre territoires urbains, ruraux ou péri-urbains ; du fait du nomadisme ou des réseaux communautaires [2]. Sans oublier les incidences sur l’économie numérique de proximité, sa non-territorialité, la chaîne de valeur, et la fiscalité [3].
  • Prégnance des dimensions techniques du sujet.
  • Analyse trop souvent focalisée sur des relations de mobilités pendulaires ou centre / périphérie ou des approches fonctionnelles exclusives, alors que les relations et les perceptions du temps, des continuités de cheminement se modifient par évolution des valeurs sociales ou des contextes du travail numérique.
    • Relire ce que dit Michel Serres dans « Petite Poucette » : « La vitesse électronique évite les lenteurs du transport réel et la transparence du virtuel annule les chocs aux intersections, donc les violences qu’elles impliquent » [4].
    • Ne pas sous-estimer son propos sur le bouleversement autour de ce carcan qu’est « l’espace de la page » forme territoire porte-voix de la connaissance et des représentations ex ante : « Devant l’offre croissante de savoir en nappe immense, partout et toujours accessible, une offre ponctuelle et singulière devient dérisoire… ».
  • Cf les pistes évoquées par Roger Pol-Droit sur l’étonnement et le penser autrement.
    • « Les oppositions habituelles entre conservateurs et progressistes conduisent toutes à la nécessité impérieuse de penser à nouveaux frais les rapports du collectif et de l’individuel, des normes et du désir, et le sens même des lois ».
    • « Ces décalages et dérangements conduisent à interroger nos gestes habituels, à les regarder d’un autre oeil ».
    • « L’étonnement est l’élément déclencheur. S’étonner, c’est trouver soudain étrange ce qui est familier, découvrir des questions là où l’on n’en apercevait pas. De nos jours, ce déclic semble avoir des ratés, pour mille raisons : vie devant les écrans, formatage des pensées, accélération des rythmes… Notre monde est configuré d’avance, nos idées se normalisent… D’où la nécessité de fabriquer à neuf de l’étonnement, par tous les moyens. »

Friche170A la reconquête des lieux-dits, anecdotes et bavardages

Nombre de projets urbains ou de création d’axes de mobilité ont détruit des lieux-dits jusqu’à leur toponoymie…

  • Ne limitons pas l’horizon au "Allez, Circulez !… mais Ouvrons large : créativité artistique, ludique, fonctionnelle, théâtrale, éducative, littéraire, sonore, visuelle, interactive… occupant de façon éphémère ou pérenne non seulement nos voiries et espaces attenants - Pour Tous - ; mais encore tous ces lieux d’interconnexion - aujourd’hui trop souvent limités à du verdissement ou des références à l’histoire - sans nom et demain interagissant avec nos téléphones mobiles pour réguler les flux de mobilité.
  • Remettons, comme illustration du « penser autrement », des « bancs publics » au coeur même des giratoires et facilitons en (par un fonctionnel multi-usages) l’accès « Pour Tous » en ligne droite ! [5].

Littératures, peintures, photos, sculptures et pourquoi pas dictées…
Autant d’horizons pour élargir les regards et façonner le quotidien de nos mobilités…

  • Chacun(e) a ses références en la matière autour de tel ou tel artiste ou homme de l’art… et il serait bien de les confronter avant de se lancer dans tout projet de type Voirie-Pour-Tous.
  • On peut aussi imaginer les espaces autour d’art urbain, ou « street artou parier sur le design pour tous. Sur ce dernier point, ne pas oublier que les approches de design, permettant de bien prendre en compte les besoins des utilisateurs / usagers, peuvent aussi niveler la créativité et la diversité artistique. Le design, qui pousse à dépasser l’approche normative, impose des tendances elles-mêmes très normées. L’éclairage dans les rues ou les abri-bus en sont autant d’exemples.
  • La question de l’écriture collective des espaces publics pour tous (qui ne réduit pas bien sûr à un aménagement fixe ou linéaire) doit être posée, en particulier en contexte numérique acentré. Il faut réinvestir l’écriture des représentations, cartographiques ou non, des territoires, des mobilités, des pratiques, des usages [6].
  • … Sans oublier ce qui interpelle sur la réalité des Lieux comme facteur de sens pour tous et de mémoire ; tout au long des parcours de mobilité y compris aux points d’interconnexion. A méditer sans doute : « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu ». indique Marc Augé dans « Non-Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité » Ed. Le Seuil [7].

Aux hommes de l’art… Citoyens

Nos hommes de l’art (urbaniste, architecte, ingénieur, paysagiste, designer, coloriste…) le sont-ils encore dans le domaine qui nous intéresse ?

  • Domine trop le convenu ou la réponse catalogue
  • Nombre d’entre eux, ne savent plus dégager l’émotion d’un Lavis« Procédé de coloriage consistant à teinter un dessin par applications légères et transparentes d’encre de Chine, de sépia, de bistre ou de couleurs étendues d’eau, exécutées en aplat et pouvant être superposées. » [1]
  • Une imagination créatrice peu débridée… Aménager se réduit trop souvent à résoudre techniquement une question fonctionnelle d’organisation de l’espace, une gestion d’un complexe et non à donner du sens en lien avec les usages et l’improbable de notre époque [8].
  • Méditer ces propos [9] :
    • « Ce qui compte, c’est que, dans chacune de ces filières, l’objet science soit considéré sous plusieurs perspectives, pour sa beauté, pour son efficacité, pour ses enjeux, voire pour ses dangers techniques et culturels » - B.Bensaude-Vincent - Professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’université de Paris X, dans « Faire la paix avec le sens commun ».
    • « Il est admis aujourd’hui que toutes les vérités humaines, scientifiques comprises, sont relatives, au sens où elles sont incomplètes et destinées à changer… » - M.Paty - Philosophe et historien des sciences Directeur de recherche au Cnrs dans « Des vérités provisoires mais nécessaires ».

Entre Normes communes & Singularité des personnes

Le « Pour-Tous » ne se décrète pas simplement par des aménagements, de nouvelles règles, de nouveaux produits ou services y compris issus du numérique etc.

  • C’est à la fois un contexte de civilité [10], mais aussi de rapports entre l’individu et le groupe.
    • Repère… « Le vrai fossé qui s’est creusé, ces dernières années, sépare ceux qui privilégient des normes communes, et soutiennent une conception de la loi qui l’oppose aux singularités des personnes, et ceux qui donnent toute priorité aux désirs individuels et exigent que la loi en facilite avant tout la réalisation.… Le désir de chacun est progressivement devenu la norme centrale à laquelle tout doit se plier… y compris la loi ! Beaucoup demandent aujourd’hui au législateur de rendre possible la satisfaction de leurs désirs individuels, quelles que soient leur diversité, leur singularité, leur spécificité. Sinon, ils jugeront qu’il existe une injustice, une exclusion, un déni d’égalité. » - (cf texte de Roger Pol-Droit).
  • De plus pourquoi ne pas retrouver, au gré de nos mobilités et cheminements dans l’espace public, quelques hétéroclismes et inédits comme dans un cabinet de curiosités défini comme « lieux où réunir tout ce que la Création offre de « merveilles » et autres « raretés ». » Le Pour Tous s’y exprimerait bien :) .
    • « La finalité première d’une telle image du monde est d’offrir l’occasion de le penser, de l’observer pour tenter de mieux le comprendre, de l’admirer – y compris au sens premier du verbe, à savoir : être frappé de stupeur devant l’ampleur, la diversité et même les limites à la compréhension humaine dont les cabinets témoignent. » [11].

Défis pour les « hommes de l’art »… les élus et autres décideurs

  • Ne pas s’enfermer dans une technicité « le nez sur le guidon »… ou dans une mobilité de flux comme si demain perdurait « toutes choses égales par ailleurs » !
  • Partir d’autres points de vue que la seule fonctionnalité ou la situation complexe à traiter. Ne pas oublier que toute mobilité en espace public part / arrive en un lieu habité (logement, entreprise, lieux de vie sociale).
    Ceci de plus en plus via des parcours multiples soit rythmés dans le temps, soit empruntant des chemins de traverse… Ou encore en jouant la polyvalence des usages : piéton/cycliste / voiture et pourquoi pas récréatif… [12].
  • Considérer les pratiques de mobilités et de cheminements d’abord en référence aux attentes des handicapés, des séniors, des enfants…
  • Retrouver le sens, l’histoire des lieux concernés et les mettre en perspective dans notre époque (dont le volet numérique acentré invitant à l’interactivté, l’éphémère, l’instabilité, l’improbable… avec prise en compte de l’arrivée dans l’espace public des robots et autres objets intelligents).
  • S’inspirer, pour cerner les défis évoqués, des horizons suivants :
    • L’attracteur étrange de Lorenz - (Quand tout va… rien ne va plus, Jouer les Infimes Variations via Instabilité - Sensibilité, Propriétés de Récurrence, Non Prédiction long terme)…
    • La Tour Eiffel de Robert Delaunay , 1911 « Des points de vue différents, comme les cubistes, pour peindre la tour, les bâtiments, les arbres, et les nuages fragmenté au lieu d´un ensemble rigoureux » [13]…
    • La condition humaine, 1935 de René Magritte  : « Une toile énigmatique. Dans cette toile, il y représente un tableau devant une fenêtre, sur lequel est peint le paysage que l’on voit à la fenêtre. Le tableau de la toile représente ce qui se trouve au delà. On ne repère pas immédiatement ce qu’il s’y passe, il faut un petit moment pour comprendre que devant la fenêtre, il y a un tableau. » [14].
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le 23 janvier 2013 par Jacques Chatignoux Opérateur
modifie le 24 mars 2013

Notes

[1] Cf Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[2] Cf Ne confondez plus communautaire et social  par Fred Cavazza, « La dynamique communautaire repose avant tout sur l’empathie (”je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi“) des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu »

[3] « Les capacités accrues des smartphones ne permettent pas seulement de communiquer mieux, elles apportent plus de connaissances à leurs utilisateurs, plus d’interactivité, plus de possibilités d’agir… Ceci peut se traduire par de nouvelles façons de préparer ses voyages (l’outil), d’utiliser les moyens de transport avec le partage de véhicule (l’usage), et au bout du compte pose la question de l’utilité de la propriété de l’objet au profit de la possibilité d’en faire un usage à la demande (le modèle)… Prendre aussi la mesure de la non-territorialité de l’espace économique numérique » Cf Les élus face à la révolution numérique et Rapport Colin / Collin sur la fiscalité du secteur numérique ou encore Rapport Colin / Collin : de la fiscalisation du numérique à la fiscalité post-numérique

[4] Lire l’article « Une nouvelle humanité se lève, il faut tout réinventer » d’Eric Le Boucher dans les Echos.

[5] Il faut s’inspirer des fiches pédagogiques Voirie-Pour-Tous Pédagogie : Situations - Valeurs - Doctrine - Gouvernance et plus particulièrement de : Trajet le plus court pour les plus pénalisés - VPT ou encore Priorité au traitement lieux sensibles, parcours directs - VPT, sans oublier Partager n’est pas Segmenter / Découper - VPT. Cf aussi Privilégier Approche « Transversale » Globale et non plus fonctionnelle - VPT. Ne pas hésiter à Renverser les priorités habituelles - Penser aménagement « hors norme » - VPT.

[6] Lire de ce point de vue « Écritures : sur les traces de Jack Goody » (Presses de l’Enssib, 2012) sous la direction d’Éric Guichard, rassemblant plusieurs disciplines (mathématiques, physique, géographie, anthropologie, philosophie, etc.). Occasion de débat sur l’écriture, son statut de technique, ses effets sur la pensée, et la façon dont l’internet l’actualise. Cet ouvrage, présente les termes actuels du dialogue entre sciences exactes et humaines, tel qu’il est reconfiguré par les techniques d’écriture du 20e siècle.

[7] Cf une poursuite de la perspective dans Les lieux et non-lieux de l’interconnexion.

[8] Cf Citations Improbables Horizons - Trouver la bonne posture - Agir en influence.

[9] Relire Crédibilité du discours de l’ingénieur et histoire des sciences.

[10] Voir Malaise dans la civilité ? Claude Habib, Philippe Raynaud, Collectif.

[11] Cf la démarche universitaire du site curiositas qui doit son apparition à un projet mené depuis 2003 autour des cabinets de curiosités par des enseignants-chercheurs de l’université de Poitiers (composante B2 de l’équipe FORELL, Université de Poitiers-MSHS) et par l’Espace Mendes France, centre de culture scientifique, technique et industrielle en Poitou-Charentes, situé à Poitiers.

[12] Cf La voirie intelligente du futur : des pistes lumineuses adaptées à tous les modes ? « La rue deviendrait alors numérique et s’adapterait aux exigences de ses concitoyens. Elle passerait d’un usage piéton/cycliste à un usage voiture et pourquoi pas récréatif. Les voitures sans conducteurs obéiraient aux messages délivrés par la chaussée lumineuse et elles seraient alors suffisamment intelligentes pour les interpréter et les comprendre. Ce concept supprimerait les bordures, les feux tricolores et toute autre infrastructure de conduite automobile, ce qui rendrait davantage la ville aux piétons et aux cyclistes. »

[13] Cf Art, peinture et Tour Eiffel et aussi Robert Delaunay. Ne pas oublier que cette tour Eiffel fut l’objet d’un texte célèbre publié 14 février 1887 dans Le Temps Les artistes contre la Tour Eiffel : « Une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque et noire cheminée d’usine ».

[14] Cf La condition humaine, 1935 Magritte et aussi René Magritte.